Avec #moiaussi, Chrystèle Corbery balance son corps
Avec
#moiaussi, Chrystèle Corbery balance son corps
Une femme, une
auteure, Chrystèle Corbery, dont l'écriture de roman n'est pas le
premier métier, saisit un hashtag comme sur un manège on attrape la
queue de Mickey, d'un geste sûr, brutal, pour gagner un tour
gratuit. En l'arrachant, elle met au jour la plaie du harcèlement,
sexuel ou professionnel. Elle traduit #metoo, en un #moiaussi
qui fait mal à l'éternel masculin : les machos, les dominateurs,
les menteurs, les prédateurs dont l'attitude rabaisse autant l'homme
que la femme. En émasculant Mickey, elle venge toutes celles qui
n'ont pu que se taire.
De ce court et précis
récit, il ressort à juste titre que les femmes, surtout les plus
jeunes, sont des proies solitaires et faciles. Gamine, ne te promène
jamais dans une sombre ruelle, souviens-toi du Petit Chaperon Rouge,
le loup te guette et Déva, l'héroïne de #moiaussi va le
rencontrer, motard casqué, anonyme, quand il l'agresse brutalement
sans la pénétrer un soir où elle revient du lycée. Ce qu'elle
n'ose pas avouer à ses parents.
Le silence de la honte
Dès lors, une question se
pose, une agression sexuelle sans pénétration est-elle considérée
comme un viol ? Comme s'il pouvait y avoir une gradation dans ce
qu'autrefois on appelait "attentat à la pudeur". Un corps,
l'innocence, se retrouve souillé, l'âme, la pureté, déchirée
aussi certainement qu'un hymen. Et le silence de la honte recouvre la
plaie qui s'infecte sous le pansement de l'oubli traumatique.
Dénoncer sans faillir
Déva vit désormais
entourée de boucliers. Pour le second chapitre de sa vie soumise au
harcèlement, cette fois c'est dans son milieu professionnel qu'elle
doit se défendre. Son chef, dans une prestigieuse agence de
publicité, la trouve segmentante, lui refuse le statut d'humain, de
femme, de professionnelle, bref, il l'efface et cela, elle ne le
supporte pas davantage qu'une agression physique. Elle veut être
acceptée, reconnue, considérée à sa juste mesure. Et comme elle a
résisté à l'agresseur masqué de son adolescence, elle va résister
à son N+1 comme on dit, le provoquer, l'attaquer, le dénoncer avec
froideur, sans faillir.
Au-delà du dégoût
Et puis, il y a des hommes
qui se jouent de Deva et d'autres qui la rassurent, sur fond de
réseaux sociaux où elle prend une part active en faveur des femmes
victimes de harcèlement.
Une intrigue se dessine en
filigrane, passionnante, rebondissante, qui trouve son épiphanie
dans l'espoir pour une jeune femme d'être enfin elle-même. Au-delà
du dégoût.
(C) Olivia Worth van Hoegaerden
(C) Olivia Worth van Hoegaerden
#moiaussi de
Chrystèle Corbery
150 pages
Edition Prem'edit
Disponible sur Amazon : 16
€

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